Psychogénéalogie : ce que notre histoire familiale peut nous apprendre

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Qu'est-ce que la psychogénéalogie ?

Pourquoi s'intéresser à la psychogénéalogie ?

Jusqu’à quel point notre histoire familiale participe-t-elle à la personne que nous sommes aujourd’hui ? 

Nous grandissons dans une famille avant même d’avoir conscience de ce que signifie appartenir à une famille. Nous recevons des histoires, des valeurs, des habitudes, des façons de voir le monde et parfois aussi des silences. Nous héritons d’un nom, d’une place, d’une histoire, mais également d’un contexte dans lequel nos parents et nos grands-parents ont eux-mêmes vécu. 

La psychogénéalogie propose d’explorer cette histoire familiale afin de mieux comprendre les liens qui peuvent exister entre les générations. 

Elle s’intéresse notamment aux événements importants, aux répétitions, aux relations, aux croyances, aux rôles familiaux, aux secrets et aux sentiments d’appartenance. Elle invite à regarder son histoire personnelle dans un contexte plus large : celui de la famille dont nous sommes issus. 

Cette démarche ne signifie pas que tout ce que nous vivons aujourd’hui trouve nécessairement son origine chez nos ancêtres. Une date qui se répète, un prénom transmis ou deux parcours similaires ne constituent pas, à eux seuls, une preuve de transmission transgénérationnelle. 

La psychogénéalogie peut plutôt être envisagée comme une démarche d’exploration et de questionnement : 
  • Que savons-nous réellement de notre histoire familiale ?  
  • Qu’est-ce qui nous a été transmis ?  
  • Quelles histoires avons-nous intégrées ?  
  • Et que pouvons-nous choisir de faire de cet héritage ?

Pourquoi notre histoire familiale nous concerne-t-elle ?

Nous avons parfois l’impression que notre histoire commence avec nous. 

Pourtant, lorsque nous nous intéressons à notre famille, nous découvrons rapidement qu’avant notre naissance, d’autres personnes avaient déjà vécu des expériences qui ont contribué à façonner le contexte dans lequel nous allions grandir. 

Nos parents ont eux-mêmes été des enfants. Nos grands-parents ont grandi dans une époque différente. Certains ont connu la guerre, une migration, des difficultés économiques, une séparation, un changement de pays ou une transformation profonde de leur environnement social. 

D’autres ont vécu des événements plus ordinaires, mais qui ont néanmoins influencé leur manière de concevoir la famille, le travail, l’éducation, la réussite ou les relations. 

Une famille transmet donc beaucoup plus que des informations généalogiques : elle peut transmettre des valeurs, des croyances, des règles, des attentes, des habitudes relationnelles et des façons de réagir face aux événements de la vie. 

Certaines transmissions sont explicites : 
  • On nous dit par exemple qu’il faut travailler dur, qu’il faut rester indépendant, qu’une famille doit rester unie ou qu’il ne faut jamais dépendre de quelqu’un. 
  • D’autres sont beaucoup plus implicites. Elles se découvrent dans les comportements que nous avons observés pendant notre enfance. 
C’est précisément ce qui rend l’exploration de l’histoire familiale intéressante, car elle permet parfois de mettre des mots sur des éléments que nous avons longtemps considérés comme allant de soi.

Ces histoires qui se répètent d’une génération à l’autre

La question des répétitions familiales occupe une place importante dans la psychogénéalogie. 

Lorsque l’on reconstitue plusieurs générations, certaines ressemblances peuvent apparaître : 
  • Un même prénom peut être donné plusieurs fois.  
  • Plusieurs membres d’une famille peuvent exercer le même métier.  
  • Des migrations peuvent se reproduire.  
  • Certaines générations peuvent connaître des séparations, des veuvages ou des changements de vie à des périodes comparables. 
Il peut également exister des similitudes dans les relations ou dans les rôles occupés au sein de la famille. 

Ces observations peuvent être intéressantes, mais elles demandent de rester prudent. 

En effet, une répétition ne signifie pas automatiquement qu’une génération « reproduit » inconsciemment ce qu’a vécu une autre. Les êtres humains vivent aussi dans des contextes sociaux, économiques et culturels qui peuvent favoriser certaines trajectoires. 

De même, les coïncidences de dates ou d’événements sont relativement fréquentes lorsque l’on observe un grand nombre de personnes et plusieurs générations. 

L'intérêt de la psychogénéalogie n'est donc pas nécessairement de prouver qu'une répétition possède une cause transgénérationnelle. 

Il peut simplement être intéressant de l'observer et de se demander : 
  • Que signifie cette répétition pour cette famille ? 
  • Comment est-elle racontée ? 
  • Quelles autres informations permettent de la comprendre ? 
Cette nuance est essentielle, puisque explorer une histoire familiale, c’est aussi apprendre à distinguer les faits, les souvenirs, les hypothèses et les interprétations.

Les secrets de famille et les histoires que l’on ne raconte pas

Toute famille possède des zones de son histoire qui sont plus ou moins connues. 

Certaines informations sont racontées régulièrement. D’autres sont oubliées. Certaines ne sont connues que par quelques personnes. Et parfois, certains événements ne sont jamais évoqués. 

Il peut s’agir d’une perte, d’une séparation, d’un conflit, d’une migration, d’une difficulté économique ou d’un événement considéré comme trop douloureux ou trop honteux pour être raconté. 

Les secrets de famille et les non-dits peuvent donc susciter de nombreuses questions. 

Mais là encore, la prudence est nécessaire. 

Un silence ne signifie pas forcément qu’un événement majeur est caché. En effet, une personne peut simplement ne pas connaître une partie de l’histoire familiale parce que les documents ont disparu, parce que les générations précédentes n’ont pas transmis l’information ou parce que personne n’a jamais pensé à poser la question. 

Explorer les non-dits consiste donc moins à « chercher le secret qui explique tout » qu’à observer comment une famille construit sa mémoire : 
  • Qu’est-ce qui est raconté ? 
  • Qu’est-ce qui ne l’est pas ? 
  • Qui connaît quelle version de l’histoire ? 
  • Quelles informations peuvent être vérifiées ? 
Ces questions peuvent transformer une recherche familiale en véritable travail d’exploration. 

Ce que nous transmet une famille

Lorsque l’on parle de transmission familiale, on pense souvent immédiatement aux traumatismes. 

Pourtant, une famille ne transmet pas uniquement des expériences douloureuses. 

Elle transmet aussi des ressources. 

Ainsi, une famille peut transmettre le goût de l’apprentissage, la solidarité, la créativité, le sens de l’humour, l’importance du travail, une tradition artistique, une passion pour un métier ou une manière particulière de faire face aux difficultés. 

Elle peut également transmettre des croyances sur ce qu’il est possible ou non de faire. 

Par exemple : 
  • « Dans notre famille, tout le monde travaille dans le même domaine. »  
  • « Il faut être autonome. »  
  • « On ne parle pas de ses problèmes. »  
  • « La famille passe avant tout. »  
  • « Il faut avoir une situation stable. »  
  • « On ne prend jamais de risques. »  
Ces phrases peuvent sembler anodines. Pourtant, lorsqu’elles sont répétées au fil du temps, elles peuvent participer à la construction d’un cadre familial, se transformant alors potentiellement en carcan. 

Ces différentes formes de transmission font notamment l’objet de réflexions dans les approches cliniques du transgénérationnel, qui s’intéressent aux identifications, aux valeurs et aux représentations transmises au sein des familles, ainsi qu’à la place que peuvent occuper certains secrets ou non-dits.  

Les rôles peuvent eux aussi se transmettre : 
  • Dans certaines familles, une personne devient très tôt « celle qui s’occupe de tout ».  
  • Une autre joue le rôle du médiateur.  
  • Une autre encore est considérée comme le membre indépendant ou rebelle. 
Ces rôles peuvent être adaptés à une situation particulière, puis continuer à influencer les relations longtemps après que les circonstances ont changé. 

→ Observer ces transmissions permet alors de poser une question intéressante : qu’est-ce qui, dans notre manière d’être, relève de notre histoire familiale et qu’est-ce que nous avons choisi personnellement ?

Le génosociogramme : regarder sa famille autrement

Parmi les outils associés à la psychogénéalogie, le génosociogramme occupe une place particulière. 

Il ressemble à première vue à un arbre généalogique, mais son objectif est plus large. 

Un arbre généalogique permet principalement de représenter les liens de parenté. Le génosociogramme peut intégrer davantage d’informations :  
  • événements importants,  
  • professions,  
  • migrations,  
  • séparations,  
  • décès,  
  • relations,  
  • changements de lieu de vie  
  • ou autres éléments significatifs de l’histoire familiale. 
Son intérêt est notamment de permettre une visualisation globale. 

Une information isolée peut sembler anodine. Une fois replacée dans l’ensemble de la trajectoire familiale, elle peut susciter de nouvelles questions. 

Le génosociogramme permet également de repérer ce que l’on ne sait pas. 

Il arrive que l’on dispose de nombreuses informations sur une branche de la famille et presque aucune sur une autre. Certaines dates peuvent être précises, tandis que d’autres restent approximatives. Certaines informations peuvent être documentées et d’autres provenir uniquement d’un récit transmis oralement, et cette distinction est importante. 

Il est important de souligner ici qu’un génosociogramme n’est pas une machine à produire des interprétations : c’est avant tout un outil pour organiser, représenter et explorer une histoire familiale.

Psychogénéalogie et connaissance de soi

C’est peut-être l’une des dimensions les plus intéressantes de la psychogénéalogie : la possibilité de relier la connaissance de notre histoire familiale à notre propre réflexion. 

Lorsque nous découvrons comment nos parents et nos grands-parents ont vécu, nous pouvons parfois comprendre différemment certains comportements ou certaines valeurs. 

Nous pouvons également prendre conscience de ce que nous avons reçu sans forcément l’avoir choisi. 

La connaissance de soi ne consiste donc pas uniquement à observer notre personnalité ou nos expériences individuelles. 

Elle peut aussi passer par des questions comme : 
  • D’où viennent certaines de mes croyances ?  
  • Quelles valeurs ont été importantes dans ma famille ?  
  • Quelles attentes familiales ai-je intégrées ?  
  • Quelle place occupais-je dans ma famille ?  
  • Quelles histoires familiales ai-je entendues pendant mon enfance ?  
  • Quels événements ont profondément marqué les générations précédentes ?  
  • Quels éléments de cet héritage ai-je envie de conserver ?  
  • Lesquels ai-je envie de transformer ?  
Cette démarche peut permettre de prendre du recul. 

Comprendre qu’une certaine conception de la réussite a été très présente dans notre famille ne signifie pas que nous devons continuer à la suivre. Découvrir une tradition familiale ne nous oblige pas à la poursuivre. 

Autrement dit, l’histoire familiale peut être un héritage, mais elle n’est pas nécessairement un destin.

Comprendre son histoire sans en devenir prisonnier

C’est un point essentiel lorsqu’on s’intéresse à la psychogénéalogie. 

Il serait réducteur de considérer que nous sommes entièrement déterminés par ce qui s’est passé avant notre naissance. 

Certes, nous sommes influencés par notre histoire, mais nous sommes également capables de l’interpréter, de nous en éloigner, de la transformer et de construire des expériences nouvelles. 

La connaissance de l’histoire familiale peut justement contribuer à cette prise de recul. 

Elle permet de distinguer ce qui a été transmis de ce que nous choisissons aujourd’hui. 

Elle peut également aider à remettre certains événements dans leur contexte. 

Un grand-parent qui avait une relation particulière au travail a peut-être vécu une période historique très différente de la nôtre. Un parent très préoccupé par la sécurité financière a peut-être connu une situation économique qui explique en partie cette attitude. 

Ceci dit, comprendre ne signifie pas forcément excuser ou reproduire. Cela signifie replacer une attitude dans une histoire. Et parfois, cette compréhension suffit à modifier notre regard.

La psychogénéalogie dans mon livre

Cette démarche d’exploration est au cœur de mon livre Guide pratique de la psychogénéalogie, publié aux éditions Lanore en 2026.

Ce livre est co-écrit avec Maria-Dolorès Sanchez avec laquelle je propose, sur ma plateforme e-learning Agoracadémie depuis 2016, la première formation en psychogénéalogie disponible 100 % en ligne et à distance. Une formation pour soi (pour travailler sur son histoire familiale) ou pour devenir praticien·ne, puis maître praticien·ne (et ainsi accompagner les autres dans leur recherche de réponses et de solutions). 

L’objectif de ce livre est de proposer un accès concret à la psychogénéalogie, en donnant aux lecteurs·trices des repères pour comprendre cette approche, mais aussi pour commencer à explorer sa propre histoire familiale. 

Le livre répond notamment à plus de 100 questions et réponses autour de la psychogénéalogie (voir également ma chaîne YouTube où se trouve des nombreuses autres réponses sur le sujet), de l’histoire familiale, des transmissions transgénérationnelles et des outils permettant de travailler sur sa généalogie. 

L’une des particularités de cette démarche est de permettre au lecteur de travailler de manière autonome sur son histoire familiale. 

Il ne s’agit donc pas simplement de lire des explications théoriques, puisque l’objectif est également, et surtout, de donner des pistes pour observer, rechercher, organiser et questionner les informations disponibles. 

Le lecteur et la lectrice peut ainsi commencer par ce qu’il ou elle connaît déjà : les noms, les dates, les lieux, les événements et les récits transmis dans sa famille. 

Puis, progressivement, iel peut approfondir certaines branches de son histoire, rechercher les informations manquantes et utiliser différents outils pour représenter les générations et les événements. 

Cette démarche demande évidemment de conserver un regard critique, car une information familiale peut être exacte, approximative ou erronée, un souvenir peut évoluer avec le temps, et une coïncidence peut rester une coïncidence...

Le travail sur son histoire familiale consiste donc aussi à apprendre à observer sans conclure trop rapidement. 

Le Guide pratique de la psychogénéalogie s'inscrit dans cette perspective : proposer des connaissances, des questions et des outils pour permettre à chacun d'explorer son histoire à son propre rythme. 


Alors, bonne lecture et bonne pratique !

Pourquoi s’intéresser aujourd’hui à la psychogénéalogie ?

Nous vivons à une époque où il est devenu plus facile de retrouver certaines informations sur nos familles.
 
Archives numérisées, documents anciens, photographies, témoignages et recherches généalogiques permettent parfois de remonter plusieurs générations. 

Mais retrouver des noms et des dates n’est qu’une première étape. 

Derrière chaque nom se trouve une personne qui a vécu dans un contexte particulier. Derrière chaque date peuvent se cacher une rencontre, une naissance, une séparation, une migration, une perte ou un changement de vie. 

Explorer une histoire familiale consiste donc aussi à redonner du contexte à ces informations. 

La psychogénéalogie invite précisément à cette exploration. 

Elle ne propose pas de considérer le passé comme une explication universelle de notre présent. Elle nous encourage plutôt à regarder notre histoire personnelle avec un angle supplémentaire : celui des générations qui nous ont précédés. 

Cette perspective peut faire apparaître des répétitions, mais aussi des différences. Elle peut révéler des transmissions, mais également des ruptures. Elle peut permettre de mieux comprendre certaines appartenances tout en faisant émerger notre capacité à choisir, car connaître son histoire familiale ne signifie pas devoir la reproduire : 
  • Nous pouvons recevoir un héritage sans être obligés de tout conserver. 
  • Nous pouvons reconnaître les valeurs qui nous ont construits, comprendre les expériences qui ont marqué notre famille et décider ensuite de ce que nous souhaitons transmettre à notre tour. 
C’est peut-être là que l’exploration de l’histoire familiale prend tout son sens : comprendre d’où nous venons pour mieux réfléchir à ce que nous voulons faire de notre propre histoire. 

Et c’est dans cette perspective que je propose de découvrir la psychogénéalogie à travers mon ouvrage Guide pratique de la psychogénéalogie : un guide conçu pour vous accompagner dans la découverte de cette approche et vous permettre d’explorer, de façon autonome et structurée, les différentes dimensions de votre histoire familiale.

Auteur : Laurent Bertrel, Carnets, bertrel.com, 2026.

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