La bigorexie est-elle une maladie ?

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La bigorexie est-elle une maladie reconnue ?
La question revient souvent : la bigorexie est-elle une maladie mentale à part entière ? 
À première vue, la réponse pourrait sembler évidente. Après tout, lorsqu’une pratique sportive devient excessive, envahissante, et qu’elle entraîne une souffrance ou une perte de liberté, elle ressemble à d’autres formes d’addiction. 
 
Pourtant, la situation est plus complexe. En effet, à ce jour, la bigorexie n’est pas reconnue officiellement comme une maladie dans les grandes classifications psychiatriques comme le DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders). 
 
Le débat reste donc ouvert, tant sur le plan scientifique que clinique. 
Pour une compréhension globale du phénomène, vous pouvez consulter, avant d'aller plus loin, mon article sur la bigorexie, qui explore les mécanismes généraux de cette dépendance.

Ce qui définit une maladie mentale

Afin de répondre à la question, il est nécessaire de comprendre ce qui caractérise une maladie mentale et voici ci-dessous quelques points essentiels. 
Vous pouvez aussi vous reporter à la page du site Ameli.fr de l'Assurance Maladie française traitant de la santé mentale : définition et facteurs en jeu
Et pour aller plus loin sur les addictions, le manuel Merck version grand public est une mine d'informations complémentaires. Le lien ci-avant (en gras) vous oriente sur une recherche avec le mot clé « addiction ». 
 
➤ CRITÈRES GÉNÉRAUX 
En psychiatrie, plusieurs critères permettent d’identifier un trouble : 
  • la présence de symptômes identifiables, 
  • leur persistance dans le temps, 
  • et leur intensité. 
Mais ces éléments ne suffisent pas à eux seuls. 
 
➤ SOUFFRANCE 
Un critère central est la souffrance psychique.  
Une conduite devient problématique lorsqu’elle génère de la détresse, de l’anxiété, ou un mal-être significatif. 
 
➤ DYSFONCTIONNEMENT 
Il s’agit également d’évaluer l’impact sur la vie quotidienne :  
  • relations sociales,  
  • travail,  
  • santé physique. 
Une pratique sportive qui isole ou qui entraîne des blessures répétées peut entrer dans cette catégorie. 
 
➤ ALTÉRATION DE LA LIBERTÉ 
Enfin, la perte de contrôle est déterminante.  
Lorsque la personne ne peut plus moduler son comportement malgré ses conséquences, on s’approche d’une logique addictive.

Arguments pour la classification comme maladie

Certains éléments plaident en faveur d’une reconnaissance de la bigorexie comme maladie et les voici. 
 
➤ CRITÈRES ADDICTIFS 
La bigorexie présente des caractéristiques proches des addictions comportementales : 
  • besoin d’augmenter l’intensité, 
  • difficulté à réduire ou arrêter, 
  • symptômes de manque (irritabilité, anxiété...). 
Ces similitudes renforcent l’idée d’un trouble à part entière. 
 
➤ COMORBIDITÉS 
Elle est souvent associée à d’autres difficultés :  
  • troubles anxieux,  
  • dépression,  
  • troubles du comportement alimentaire... 
Ces associations suggèrent un terrain psychologique vulnérable. 
 
➤ IMPACT FONCTIONNEL 
Dans certains cas, les conséquences sont importantes : 
  • blessures chroniques, 
  • isolement social, 
  • ou encore désorganisation de la vie personnelle. 
Ces impacts plaident pour une prise en charge clinique.

Arguments contre la pathologisation

D’autres arguments invitent à la prudence et en voici quelques-uns. 
 
➤ RISQUE DE SUR-PATHOLOGISATION 
Tout comportement intense n’est pas nécessairement pathologique.  
Ainsi, classer la bigorexie comme maladie pourrait conduire à médicaliser des pratiques engagées mais saines. 
 
➤ SOCIÉTÉ PERFORMATIVE 
Nous vivons dans une société qui valorise la performance, le dépassement de soi et la discipline, ce qui a pour conséquence d'encourager la pratique sportive intensive. 
Dans ce contexte, la frontière entre normalité et excès devient floue. 
 
➤ DISCIPLINE VALORISÉE 
Le sport est associé à des valeurs positives :  
  • santé,  
  • volonté,  
  • rigueur, 
  • discipline... 
Cela rend donc difficile l’identification d’un problème, même lorsqu’il existe.

Position intermédiaire : un trouble à expression variable

Face à ces tensions, une position intermédiaire émerge. 
 
➤ CONTINUUM PASSION → COMPULSION 
Plutôt que de penser en termes binaires (maladie ou non), il est sans doute plus pertinent d’envisager un continuum : 
  • pratique plaisir, 
  • engagement intensif, 
  • dépendance. 
La bigorexie se situerait alors à l’extrémité de ce spectre. 
 
➤ INDIVIDUALISATION 
Chaque situation étant unique, ce n’est pas la quantité de sport qui définit le problème, mais la relation que la personne entretient avec sa pratique. 
Ainsi, deux individus ayant le même niveau d’entraînement peuvent avoir des rapports totalement différents au sport.

Pourquoi le débat est-il important ?

La question du statut de la bigorexie n’est pas seulement théorique et voici quelques pistes de réflexion venant alimenter le débat. 
 
➤ REMBOURSEMENT 
La reconnaissance officielle d’un trouble conditionne souvent sa prise en charge par les systèmes de santé.  
Par conséquent, sans statut clair, l’accès aux soins peut être limité. 
 
➤ STIGMATISATION 
Qualifier une pratique de « maladie » peut aussi avoir des effets négatifs comme l'étiquetage ou la réduction de la personne à un diagnostic. 
Or, une personne ne saurait être réduite à son seul diagnostic. 
 
➤ PRISE EN CHARGE 
À l’inverse, ne pas reconnaître la souffrance peut retarder l’accompagnement.  
Le risque est alors de banaliser des situations problématiques.

FAQ – Bigorexie et maladie

Voici plusieurs questions sur la bigorexie est-elle une maladie et s'il vous en vient d'autres, n'hésitez pas à me les envoyer !

La bigorexie est-elle reconnue comme une maladie ?

Non, elle n’est pas officiellement reconnue dans les classifications psychiatriques comme le DSM. Cependant, elle est étudiée comme une addiction comportementale.

Pourquoi la bigorexie ne figure-t-elle pas dans le DSM ?

Le manque de consensus scientifique et la difficulté à distinguer pratique intensive et addiction expliquent cette absence.

Quels sont les signes qui rapprochent la bigorexie d’une maladie ?

La perte de contrôle, la souffrance psychique, les symptômes de manque et l’impact sur la vie quotidienne sont des indicateurs importants.

Peut-on être dépendant au sport sans être malade ?

Oui. Il existe un continuum entre passion, engagement et dépendance. Tout dépend de la liberté de la personne et de l’impact sur sa vie.

Pourquoi est-il important de reconnaître la bigorexie ?

Pour améliorer la prise en charge, éviter la banalisation de la souffrance et mieux accompagner les femmes et les hommes concerné·e·s.

Voir également mon livre Accro au sport ?, Lanore, 2026.

Pour conclure

La bigorexie se situe aujourd’hui dans une zone grise
Elle partage de nombreux points communs avec les addictions, mais son inscription dans des pratiques socialement valorisées complique sa reconnaissance comme maladie. 
Plutôt qu’une réponse tranchée, il semble plus juste d’adopter une approche nuancée. 
Celui de considérer la bigorexie comme un trouble possible, dont l’intensité et les effets varient selon les individus. 
C’est cette complexité qui rend le débat à la fois nécessaire et toujours ouvert. 
 
→ Pour aller plus loin : cet article « bigorexie maladie » peut être complété par d'autres sur le même sujet (voir rubrique Carnet).

Auteur : Laurent Bertrel, Carnets, bertrel.com, 03 avril 2026.

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