Les arts martiaux : une passion personnelle au service de mes accompagnements

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Arts martiaux et accompagnement humain : les points communs

Pourquoi parler ici des arts martiaux ?

À première vue, les arts martiaux peuvent sembler éloignés du coaching, de la formation ou de la thérapie. On imagine souvent un dojo (lieu de pratique), des techniques de combat, des gestes codifiés, une discipline corporelle exigeante... Pourtant, pour celles et ceux qui les pratiquent réellement, les arts martiaux sont bien plus que des techniques de défense ou de combat, car ils constituent une véritable voie de transformation personnelle
 
Si j’ai choisi d’en parler ici, c’est parce que les arts martiaux font partie de ma vie depuis longtemps, c'est-à-dire le début des années 90. Ils représentent une passion profonde, mais aussi un terrain d’exploration humaine extrêmement riche. Leur pratique ne nourrit pas seulement le corps, puisqu'elle nourrit l’esprit, la relation à soi, la relation aux autres et la manière d’habiter le monde. 
 
Dans mon parcours, les arts martiaux ont progressivement pris une place particulière. Ils sont devenus une sorte de laboratoire vivant où s’expérimentent des notions que l’on retrouve aussi dans le coaching, la psychanalyse, la sophrologie ou encore dans le développement personnel :  
  • la présence,  
  • la gestion des émotions,  
  • l’attention à l’instant, 
  • la relation à la peur, 
  • la posture intérieure, 
  • l’équilibre entre fermeté et souplesse, etc. 
 
Mais contrairement aux approches purement théoriques, les arts martiaux obligent à passer par le corps. En effet, on ne peut pas « comprendre » un mouvement seulement avec l’intellect. Il faut le ressentir, le répéter, l’incarner. Cette dimension corporelle change profondément la nature de l’apprentissage. 
 
C’est aussi pour cette raison que les arts martiaux enrichissent considérablement la qualité de mes accompagnements. Ils m’aident à percevoir certaines dynamiques humaines autrement, c'est-à-dire :  
  • à sentir les tensions,  
  • à observer les réactions de défense,  
  • ou encore à comprendre les blocages qui apparaissent face au changement. 
 
Dans un dojo, tout devient visible :  
  • la peur d’attaquer,  
  • la difficulté à lâcher prise,  
  • l’évitement du conflit, 
  • ou au contraire l’agressivité mal canalisée 
  • la tendance à contrôler, tout et tout le monde, etc. 
 
Ces phénomènes sont les mêmes que ceux que l’on rencontre dans la vie professionnelle, relationnelle ou personnelle. Par conséquent, les arts martiaux offrent donc une grille de lecture extrêmement précieuse. 
 
Mais ils apportent aussi autre chose, à savoir une philosophie, soit une manière de considérer l’adversité, le mouvement, l’énergie, la relation à l’autre. Il faut ici savoir que dans la plupart des traditions asiatiques, le but des arts martiaux n’est pas de vaincre un adversaire, mais de transformer une relation de confrontation en relation d’harmonie. Ainsi, cette perspective change profondément la manière d’envisager les conflits, les difficultés et même les transformations personnelles.  
 
C’est pourquoi je souhaite partager ici quelques éléments autour de différentes disciplines martiales qui m’inspirent particulièrement :  
  • le iaïdo,  
  • le jodo,  
  • l’aïkido,  
  • le tai chi chuan,  
  • le qi gong  
  • et l'hapkido. 
 
Chacune de ces pratiques possède sa spécificité. Mais toutes apportent des clés extrêmement précieuses pour accompagner les transformations humaines.

Qu’est-ce qu’un art martial asiatique ?

Le terme « art martial » désigne généralement un ensemble de pratiques traditionnelles originaires d’Asie qui combinent techniques de combat, discipline corporelle et philosophie de vie. 
 
Le mot « martial » vient du dieu romain Mars, associé à la guerre. Pourtant, dans les traditions asiatiques, l’objectif n’est pas nécessairement la guerre ou la domination. Au contraire, nous l'avons déjà évoqué, beaucoup d’arts martiaux ont évolué vers des pratiques de développement personnel et spirituel. 
 
Dans la culture japonaise, par exemple, on distingue souvent deux notions : 
  1. Jutsu : les techniques de combat destinées à l’efficacité martiale. 
  2. Do : la voie, c’est-à-dire un chemin de transformation intérieure. 
 
Ainsi, lorsque l’on parle d’aïkido, de judo ou de kendo, le suffixe do indique que la discipline dépasse la simple technique pour devenir un chemin de pratique personnelle
 
Dans ces traditions, plusieurs dimensions sont généralement indissociables et en voici une courte présentation :

1. Le travail du corps

Les arts martiaux développent la coordination, l’équilibre, la mobilité, la respiration et la perception du centre de gravité.

Ainsi, le corps devient un instrument de perception extrêmement fin et ce travail corporel influence directement la posture psychologique.

2. La gestion de l’énergie

De nombreuses traditions martiales parlent du qi (ou ki en japonais), c’est-à-dire de l’énergie vitale. Cette notion peut être comprise de différentes manières : respiration, circulation énergétique, dynamique interne du mouvement. 

 Dans la pratique, cela se traduit par une recherche d’économie de mouvement, de fluidité et d’efficacité.

3. La relation à l’autre

Les arts martiaux se pratiquent souvent à deux. L’autre devient un partenaire d’apprentissage, il n'est donc pas envisagé comme un adversaire à abattre, et cela change tout. En effet, il ne s’agit pas alors de « gagner », d'être plus fort que l'autre, mais de comprendre les dynamiques relationnelles : attaque, défense, distance, timing, intention... 

Cette dimension relationnelle est très riche pour comprendre les mécanismes humains, et bien sûr, cela aussi se retrouve dans mes accompagnements.

4. La présence à l’instant

Dans un échange martial, il n’y a pas de place pour la distraction. L’attention doit être totale. Cette présence est proche de ce que certaines traditions méditatives appellent la pleine conscience. 

 Avec le temps, cette qualité de présence se transfère dans d’autres domaines de la vie.

5. Une dimension philosophique

Enfin, beaucoup d’arts martiaux sont influencés par des traditions philosophiques ou spirituelles comme le bouddhisme, le taoïsme ou le confucianisme. Ces influences façonnent une certaine vision de la discipline, de l’effort et de l’évolution personnelle. 
 
Bref, c’est dans cette richesse que réside l’intérêt des arts martiaux : ils ne séparent pas le corps, l’esprit et la relation au monde, et là aussi cela change tout.

Aïkido

Comme cela est annoncé dans le sommaire de l'article, nous allons maintenant nous intéresser à chaque discipline afin d'en comprendre plus finement l'intérêt. 
 
L’aïkido est un art martial japonais fondé au XXe siècle par Morihei Ueshiba. Son nom peut se traduire approximativement par « la voie de l’harmonisation des énergies ». 
 
Les techniques d’aïkido reposent sur des : 
  • déplacements circulaires, 
  • projections, 
  • immobilisations, 
  • et plus généralement sur un travail précis du centre du corps. 
 
Contrairement à de nombreux sports de combat, l’aïkido ne cherche pas à vaincre l’adversaire par la force. Son principe central consiste à utiliser l’énergie de l’attaque pour la rediriger, la transformer ou la neutraliser. 
Autrement dit, l’idée fondamentale est de ne pas s’opposer frontalement à la force. Ainsi, au lieu de bloquer une attaque, on accompagne son mouvement pour la détourner. 
 
Cette philosophie est extrêmement riche lorsqu’on la transpose à l’accompagnement humain. 
Dans le coaching ou dans la thérapie, il est fréquent de rencontrer des résistances. Une personne peut vouloir changer tout en ayant peur du changement. Elle peut chercher de l’aide tout en se protégeant inconsciemment contre certaines prises de conscience. 
Par conséquent, si l’on tente d’aller contre ces résistances de manière frontale, on crée souvent davantage de tension. L’aïkido propose une autre approche, à savoir accueillir l’énergie de la résistance et l’accompagner vers une transformation. Dans cette perspective, la résistance devient une information plutôt qu’un obstacle. 
 
Cette attitude modifie profondément la posture de l’accompagnant que je suis. Il ne s’agit plus d’imposer un changement, mais de créer un mouvement dans lequel la personne peut progressivement trouver son propre équilibre. 
 
L’aïkido enseigne aussi une qualité essentielle : la stabilité intérieure. 
Dans la pratique, si l’on perd son centre, la technique devient inefficace. On apprend donc à rester stable même lorsqu’une force extérieure agit sur nous. Cette stabilité intérieure est également très précieuse dans les situations d’accompagnement, notamment lorsque des émotions fortes apparaissent.

Iaïdo

Le iaïdo est l’art japonais du sabre tiré. Il consiste à dégainer le sabre et à effectuer une coupe dans un seul mouvement fluide. 
À première vue, cette discipline peut sembler très éloignée du développement personnel. Pourtant, le iaïdo est en réalité une pratique profondément méditative. 
 
La plupart des exercices se font seul, sous forme de kata (formes codifiées). Chaque mouvement est exécuté avec une attention extrême : posture, respiration, regard, intention... 
Dans le iaïdo, tout commence par un état de calme total. Le pratiquant est assis, immobile. Puis, soudainement, l’action surgit : le sabre est dégainé, le mouvement est exécuté, puis tout revient au calme. 
 
Cette alternance entre immobilité et action est très instructive. Elle nous apprend que l’efficacité ne vient pas de l’agitation, mais de la clarté intérieure. Dans les accompagnements que je propose, cette notion est fondamentale. En effet, beaucoup de personnes vivent dans une forme de dispersion permanente : trop de pensées, trop de sollicitations, trop d’objectifs contradictoires, trop de tout... 
Justement, le iaïdo nous rappelle que l’action juste naît souvent d’un moment de silence intérieur. 
 
Cette pratique développe également une grande précision mentale. Chaque geste a un sens. Rien n’est laissé au hasard. Avec le temps, cette attention au détail se transfère dans d’autres domaines : la qualité d’écoute, la manière de poser une question, le choix d’un mot... 
 
Enfin, le iaïdo enseigne une relation très particulière au temps. Le moment décisif – celui où l’action doit se produire – est appelé le bon timing. Dans l’accompagnement humain, ce timing est également crucial. Une interprétation, une question ou une proposition peuvent être très pertinentes… mais seulement si elles arrivent au bon moment.

Jodo

Le jodo est un art martial japonais utilisant un bâton appelé jo, d’environ 1,28 mètre. 
Cette discipline s’est développée historiquement comme une réponse au sabre des samouraïs. Le bâton, plus simple et plus accessible, permettait de neutraliser un adversaire armé. 
Mais au-delà de cet aspect historique, le jodo est une pratique d’une grande finesse technique. 
 
Le bâton permet des : 
  • frappes, 
  • contrôles, 
  • blocages, 
  • et des déplacements rapides. 
 
Contrairement à certaines armes rigides, le jo offre une grande polyvalence. Il peut être utilisé à différentes distances et dans différentes directions. Cette polyvalence est intéressante d’un point de vue symbolique. En effet, dans les accompagnements humains, il est rare qu’une seule méthode suffise. Chaque personne possède son histoire, ses résistances, sa sensibilité. Or, le jodo nous rappelle l’importance de l’adaptabilité, où la technique juste dépend toujours du contexte. 
 
Par ailleurs, le travail avec le bâton développe fortement la coordination entre le corps et l’espace. On apprend à gérer les distances, à percevoir les trajectoires, à anticiper les mouvements... Ces qualités sont proches de ce que l’on pourrait appeler l’intelligence relationnelle. Dans une interaction humaine, il existe aussi des distances psychologiques : proximité, protection, engagement, retrait... Apprendre à sentir ces distances est essentiel pour accompagner une personne sans l’envahir.

Tai chi chuan

Le tai chi chuan est un art martial chinois souvent associé à des mouvements lents et fluides. 
Bien qu’il soit aujourd’hui largement pratiqué comme discipline de bien-être, il possède à l’origine une dimension martiale très réelle. 
 
Les mouvements du tai chi chuan reposent sur plusieurs principes : 
  • la relaxation active, 
  • la continuité du mouvement, 
  • l’utilisation du poids du corps, 
  • la circulation de l’énergie. 
 
Les enchaînements sont exécutés lentement, ce qui permet d’affiner la perception du mouvement et de corriger les tensions inutiles. Cette lenteur est extrêmement instructive, car, dans la vie moderne, nous avons tendance à agir trop vite. Nous prenons des décisions rapides, nous réagissons immédiatement, nous cherchons des résultats immédiats... Le tai chi propose l’inverse, c'est-à-dire ralentir pour percevoir plus finement. 
Cette qualité d’attention est très précieuse dans les processus d’accompagnement. Elle permet de repérer des micro-réactions, des hésitations, des changements subtils dans l’expression ou la posture... 
 
Le tai chi développe également une relation particulière à la force. Plutôt que de produire une force musculaire brute, on apprend à utiliser la structure du corps et le mouvement global. Cette logique d’économie d’énergie est très inspirante, puisqu'elle rappelle qu’il est souvent plus efficace de travailler avec les dynamiques existantes plutôt que de lutter contre elles.

Qi gong

Le qi gong est une pratique énergétique chinoise composée d’exercices de respiration, de mouvements lents et de concentration. Son objectif principal est de favoriser la circulation du qi, l’énergie vitale. 
 
Les exercices peuvent être très simples :  
  • lever les bras,  
  • ouvrir la poitrine,  
  • synchroniser le mouvement avec la respiration. 
 
Mais cette simplicité cache souvent une grande profondeur, car le qi gong développe une capacité très particulière, celle de sentir ce qui se passe à l’intérieur du corps. Cette écoute interne est essentielle dans les pratiques thérapeutiques, puisque beaucoup de personnes vivent coupées de leurs sensations corporelles. Elles ressentent leurs émotions principalement à travers leurs pensées, alors que le travail énergétique permet de reconnecter le corps et l’esprit. 
 
Dans un accompagnement, cette capacité à ressentir peut transformer la manière dont une personne comprend ses émotions. Une anxiété, par exemple, n’est plus seulement une idée abstraite : elle devient une sensation dans la poitrine, dans le ventre, dans la respiration. Cette prise de conscience ouvre souvent la porte à de nouvelles possibilités de régulation.

Hapkido

L'hapkido est un art martial coréen qui combine différentes influences :  
  • techniques de projections,  
  • clés articulaires,  
  • frappes  
  • et travail énergétique. 
 
Sa particularité réside dans sa grande diversité technique. En effet, l'hapkido intègre des : 
  • techniques de contrôle, 
  • mouvements circulaires, 
  • frappes rapides, 
  • ou encore des principes de redirection de l’énergie. 
 
Cette richesse technique reflète une philosophie d’efficacité et d’adaptation. Dans l'hapkido, on apprend à utiliser ce qui est disponible dans la situation, à savoir la position du corps, la direction de l’attaque ou bien l’équilibre de l’adversaire. Cette logique d’adaptation est également très pertinente dans les accompagnements humains, puisque chaque personne possède son rythme, ses ressources, ses blocages. Il n’existe donc pas de méthode universelle et l'accompagnant doit systématiquement s'adapter à l'autre. 
 
L'hapkido rappelle qu’un accompagnement efficace nécessite souvent de combiner plusieurs approches :  
  • écoute,  
  • questionnement,  
  • confrontation,  
  • soutien,  
  • expérimentation.

Pour résumer : pourquoi pratiquer autre chose que ses méthodes habituelles ?

Dans les domaines du coaching, de la thérapie ou du développement personnel, il est facile de rester enfermé dans ses propres outils. On apprend une méthode, puis une autre, on accumule des modèles, des grilles d’analyse, des protocoles, et bien d'autres choses encore. 
 
Ces outils peuvent être extrêmement précieux. Mais ils comportent aussi un risque, celui de réduire la complexité humaine à un système. Il me semble que les arts martiaux offrent une ouverture différente, puisqu'ils nous rappellent que l’apprentissage ne passe pas seulement par l’intellect. Il passe aussi par le corps, par l’expérience, par la relation directe avec l’action. 
 
Pratiquer un art martial, c’est accepter de redevenir débutant. C’est accepter de répéter des gestes simples pendant des années, des décennies. C’est découvrir que certaines compréhensions ne peuvent apparaître qu’avec le temps. 
Cette attitude est très précieuse dans l’accompagnement humain, puisqu'elle développe notamment : 
  • l’humilité, 
  • la patience, 
  • la capacité d’observation, 
  • l’écoute du corps, 
  • l’attention au moment présent. 
 
Elle nous ouvre aussi à d’autres manières de percevoir l’énergie, le mouvement, les relations. En effet, en sortant du cadre purement intellectuel du coaching ou de la psychanalyse, les arts martiaux permettent d’explorer d’autres dimensions de l’expérience humaine. Ils nous rappellent que la transformation ne se produit pas seulement dans les mots, mais aussi dans la posture, dans la respiration, dans la manière d’habiter son corps. 
 
En ce sens, les arts martiaux ne sont pas seulement une passion personnelle. Ils constituent une source d’inspiration permanente pour enrichir la qualité de présence, de perception et d’accompagnement dans toutes les dimensions du travail avec l’humain. 
Et peut-être est-ce là leur plus grande richesse : nous rappeler que la voie de l’apprentissage ne se limite jamais à une seule discipline. Elle se nourrit des croisements, des expériences et des rencontres entre des univers apparemment différents, mais profondément complémentaires. 

Auteur : Laurent Bertrel, Carnets, bertrel.com, 01 avril 2026.

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